POUR DÉBAT

Fumer est mauvais pour la santé, mais doit-on pour autant réduire toujours plus les lieux, intérieurs et extérieurs, où l’on peut allumer sa cigarette, montrer les fumeurs du doigt, refuser de les embaucher… Barbara Wol nous fait parvenir une vidéo-interview, dans laquelle Danielle Charest, auteur de « Haro sur les fumeurs, jusqu’où ira la prohibition? », met en garde contre la nouvelle « chasse aux sorcières ».

« L’intolérance a passé un cap »

En France, depuis le 1er février 2007, il est interdit de fumer dans les entreprises, les administrations, les établissements scolaires, les établissements de santé. Et depuis le 1er janvier 2008, la loi s’applique aussi aux lieux dits « de convivialité » (cafés, hôtels, restaurants, discothèques, casinos).
Les non-fumeurs peuvent enfin respirer. Cependant, la situation n’est pas sans rappeler à Danielle Charest l’époque de la prohibition de l’alcool aux Etats-Unis.
Et le fumeur devient même persona non grata dans les entreprises.
Depuis 2005, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) refuse ainsi d’embaucher des fumeurs, qu’ils fument sur leur lieu de travail ou chez eux.
Tout comme un entrepreneur du Michigan qui a interdit à ses employés de fumer (avec analyse d’urine obligatoire pour contrôler). Et il compte bien faire la même chose pour les salariés en excès de poids : ils maigrissent ou ils quittent leur job.

Le tabac est un paravent

Dans son essai, Danielle Charest nous explique pourquoi les dégâts liés au tabac sont mis en avant par les autorités sanitaires. Parce que c’est un formidable paravent pour cacher une politique qui s’emploie à détruire le système français de santé publique (déremboursement des médicaments, imposition de franchises, sous-financement des hôpitaux…). Cela servirait également à cacher d’autres causes de cancers et de maladies qui relèvent d’une pollution industrielle et alimentaire (la dangerosité du tabac provient en partie des additifs injectés, les mêmes additifs dont se servent les industries agroalimentaires).

« La haine va se développer »

Pour Danielle Charest, il est important de lutter dès aujourd’hui contre la loi anti-tabac dans les lieux conviviaux. « Si on ne combat pas maintenant toutes les obligations à un comportement sain, ça va empirer et ça va être de plus en plus difficile à combattre. La haine va se développer ».
L’auteur n’est pas la seule à nous mettre en garde. Le Bureau International du Travail, dans un rapport sur la discrimination au travail sorti en 2007, alerte du danger de discrimination pour comportement malsain. Ce qui comprend les fumeurs mais également les personnes en surcharge pondérale, celles qui ont du cholestérol… « Et ça va s’élargir à de plus en plus de catégorie de la population » signale Danielle Charest.

La situation des fumeurs pourrait donc empirer, comme c’est le cas dans d’autres pays. Quand hygiénisme rime avec liberticide.
Au Japon, il est interdit de fumer dans les rues de plusieurs quartiers de Tokyo (amendes allant de 13 à 310 euros).
En Italie, depuis novembre 2007, les napolitains et les véronais ne peuvent plus s’en griller une dans les jardins publics près des femmes enceintes, et des enfants (amandes allant de 27,5 à 250 euros).
Dans une petite ville du Canada, à Wolfville, les habitants ne peuvent plus fumer dans leurs voitures si une personne de moins de 18 ans s’y trouve.

Claire Tarou
Essai « Haro sur les fumeurs, jusqu’où ira la prohibition ? » de Danielle Charest, aux éditions Ramsay.
Pour aller plus loin : http://spartaclop.free.fr, site qui rassemble des textes scientifiques et d’humeur, des liens, un suivi des actions en faveur de commerces conviviaux fumeurs.